mardi 13 janvier 2015

Denis Diderot

Celui qui a le sentiment vif de la couleur, a les yeux attachés sur sa toile; sa bouche est entrouverte, il halète; sa palette est l'image du chaos. C'est dans le chaos qu'il trempe son pinceau, et il en tire l'oeuvre de la création. Et les oiseaux et les nuances dont le plumage est teint; et les fleurs et leur velouté; et les arbres et leurs différentes verdures; et l'azur et le ciel et la vapeur des eaux qui les ternit; et les animaux et les longs poils et les tâches variées de leur peau, et le feu dont les yeux étincellent. Il se lève, il s'éloigne, il jette un coup d'oeil sur son oeuvre. Il se rassied, et vous allez voir naître la chair, le drap, le velours, le damas, le taffetas, la mousseline, la toile, l'étoffe grossière; vous verrez la poire jaune et mûre tomber de l'arbre, et le raisin vert attaché au cep.

tiré de "Mes petites idées sur la couleur", précédé de "Mes pensées bizarres sur le dessin" (1766)

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